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Afrique numérique : Nnenna Nwakanma, avocate web des femmes africaines

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Au sein de la World Wide Web Foundation, la Nigériane travaille avec les Nations unies, mais aussi les Gafam, pour améliorer l’accès des femmes à internet, les aider à développer leur leadership et limiter les violences dont elles sont victimes en ligne.

Depuis Abidjan, Nnenna Nwakanma raconte, encore émue, comment elle a accompagné au début de mars « une trentenaire et une dame de plus de 75 ans pour qu’elles choisissent leur premier téléphone portable ».

Ambassadrice en chef du web (chief web advocate) au sein de la World Wide Web Foundation, elle a fait de l’accès des femmes aux nouvelles technologies l’une de ses principales missions. « Parce que c’est un moyen de développer leur leadership », explique-t-elle.

JE SUIS DIFFICILE À METTRE DANS UNE CASE

En 2016, elle a initié en Côte d’Ivoire TechMousso (Mousso signifie « femme » en bambara), une compétition unique visant à financer, avec le soutien de la Web Foundation et des Nations unies, en partenariat avec la Millennium Challenge Corporation, des projets valorisant des données ayant trait aux femmes. L’initiative a notamment donné vie au Pass Mousso, un bijou connecté développé en 2019 par l’Ivoirienne Corinne Maurice, dans lequel est encapsulé un carnet de santé numérique.

Fille d’activistes des droits humains

Aujourd’hui, la Nigériane poursuit ce combat via la nouvelle agora numérique de la Web Foundation : le Tech Policy Design Lab. « L’un des premiers dossiers pour lesquels nous avons convié les grandes plateformes du web (Twitter, Facebook, Amazon…) à discuter avec les organisations de lutte pour les droits humains concerne les violences faites aux femmes en ligne, révèle Nnenna Nwakanma. Nous allons maintenant fixer nos attentes en la matière pour ces géants du web. »

Logiciel libre, protection des données, accès à internet… Les batailles de la militante sont nombreuses. « Je suis difficile à mettre dans une case », concède-t-elle en riant. Difficile à suivre, aussi.

Née en 1975 dans la campagne de l’État d’Abia (sud-est du Nigeria) d’un père médecin militaire et d’une mère sage-femme, « tous deux activistes des droits humains », elle fréquente d’abord un lycée de filles à Aba, près de Port-Harcourt, avant de traverser l’Atlantique pour étudier l’anglais, les sciences sociales, l’histoire et la religion à l’Université Andrews, dans le Michigan. Elle rejoint ensuite la Côte d’Ivoire, où elle occupe un poste au sein de la trésorerie de la BAD et suit en parallèle un master en relations internationales à l’Université de l’Atlantique.

Trois projets phares

L’expérience est fondatrice. Alors qu’elle est chargée en 1999 de faire passer l’organisme de l’ancien Telex à l’actuel système de transactions bancaires Swift, elle découvre le web pour la première fois. Et ne le quittera plus jamais. En 2013, elle est recrutée par la Web Foundation.

Ces derniers mois, son agenda est occupé par trois projets phares : le Contrat pour le web, qui implique neuf principes établis par la Web Foundation en 2019 auxquels doivent souscrire gouvernements, acteurs privés et citoyens pour un meilleur internet ; la « connectivité significative », un nouvel indice établi par l’Alliance for Affordable Internet (A4AI) pour améliorer l’accès à la Toile ; et la « Feuille de route pour une coopération numérique », un ensemble de huit missions portées par l’ONU et destinées à réduire la fracture numérique.

« Je parviens à consacrer du temps à tout cela, en moins de 24 heures par jour, puisque j’arrive parfois à dormir, et même à me maquiller de temps en temps », plaisante l’avocate du web.

source : jeuneafrique.com

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Kako Nubukpo : « Le sommet Afrique-France sera l’occasion de poser les questions qui fâchent »

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Nouveau commissaire du Togo à l’Uemoa, Kako Nubukpo revient sur la future monnaie eco, l’agenda de l’Uemoa ainsi que sur l’avenir économique du continent.

C’est à Ouagadougou, la capitale burkinabè, qu’il a rejoint début janvier pour occuper le poste de conseiller spécial du président de la commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), que Kako Nubukpo a eu, le 14 avril dernier, la confirmation de sa nomination comme représentant du Togo.

Si ce retour en grâce institutionnel lui attire des flèches de certains panafricanistes qui lui reprochent d’avoir abandonné son combat contre le franc CFA, lui assure rester fidèle à ses convictions et espérer un débat franc lors du prochain sommet Afrique-France prévu à Montpellier. Rencontre.

Jeune Afrique : Vous êtes connu comme un adversaire du F CFA, mais vous avez accepté de travailler à la commission de l’UEMOA, une institution qui promeut cette monnaie. Pourquoi ?

Kako Nubukpo : La Commission de l’Uemoa est une institution que je connais bien pour y avoir travaillé entre 2009 et 2012 comme conseiller technique coton et chef du pôle analyse économique et recherche, avant de rejoindre le gouvernement togolais.

LE F CFA EST LA MONNAIE PAR EXCELLENCE DE LA SERVITUDE, DE LA RENTE ET DES ÉLITES

C’est une institution qui a été créée à la veille de la dévaluation du F CFA en janvier 1994, afin d’assurer des fondements réels à la monnaie commune.À LIRE Dévaluation : le jour où le franc CFA est tombé

La feuille de route de la commission de l’Uemoa me paraît plus que jamais d’actualité dans le contexte de transition du F CFA à l’eco, car nous aurons à traiter notamment de l’harmonisation des règles entre l’UEMOA et la Cedeao.

Ne craignez-vous pas que le « scénario OIF » se reproduise à l’UEMOA ?

Je n’ai pas conçu mon existence personnelle et professionnelle par rapport à la recherche de postes, sinon je serais resté au siège de la BCEAO que j’ai intégré dès mars 2000 au sortir de ma thèse de doctorat. J’y aurais certainement effectué une carrière stable et sans encombre.

Mais j’en ai démissionné au bout de trois ans car j’avais l’impression que mon potentiel humain ne pouvait pas s’y réaliser pleinement. J’ai toujours fait prévaloir mes convictions, notamment l’impératif pour notre génération d’intellectuels africains d’être au service de l’intérêt général, sur toute autre considération.

C’est ce qui a motivé mon engagement total au service d’une alternative monétaire au F CFA, que j’estime être la monnaie par excellence de la servitude, de la rente et des élites.

Je n’ai abandonné aucune de mes convictions, aucun de mes principes. Je pense avoir trouvé ma mission, celle de contribuer à l’émancipation monétaire de l’Afrique de l’Ouest, et j’espère ne pas la trahir. L’avenir nous dira…

Qu’est-ce qui justifie la décision d’organiser les états généraux de l’eco ?

Tout est parti des annonces des chefs d’États ivoirien et français le 21 décembre 2019 à Abidjan, relatives à la réforme monétaire dans l’Uemoa.

Alors qu’une conscience collective s’élevait pour réclamer une réforme institutionnelle, la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) de l’Université de Lomé a décidé d’organiser un colloque international sur le thème « quelle monnaie pour quel développement en Afrique de l’Ouest : eco 2021».

La rencontre est prévue du 26 au 28 mai 2021. Elle réunira divers spécialistes et experts, professeurs, docteurs, doctorants, étudiants, organisations de la société civile, personnes d’intérêt et sera marquée par la présentation de travaux de recherches et l’exposé des positions de principe des personnalités et sociétés civiles africaines invitées.

Les deux principaux résultats attendus sont la rédaction d’un rapport sur la transition du F CFA à l’eco et l’établissement d’une feuille de route à soumettre aux chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao pour la mise en place de l’eco.

La réforme du F CFA annoncée par les chefs d’État ivoirien et français semble être dans l’impasse. À qui la faute ?

Il y a deux dimensions à prendre en compte. D’abord, la dimension symbolique et politique qui renvoie au nom de la monnaie et ensuite, la dimension économique qui concerne la neutralité ou la non-neutralité de la monnaie dans une économie.

SI L’ON PREND EN COMPTE LES COÛTS PROHIBITIFS D’UN PROCESSUS DE TRANSITION MONÉTAIRE, POUVAIT-ON CHOISIR UN AUTRE NOM DE MONNAIE QUE L’ECO ?

Pour ce qui concerne le nom, celui-ci n’est jamais neutre. Il renvoie à votre identité. Ainsi, le F CFA renvoyait aux colonies françaises d’Afrique et le principe qui consiste à le débaptiser pour choisir un autre nom est une très bonne chose.

Encore faut-il savoir par quoi on le remplace. Quand les chefs d’États ont annoncé ce nom d’eco, j’ai tout de suite attiré l’attention sur le fait que l’agenda de l’eco est celui de la Cedeao. En outre,  il y a des critères pour rentrer dans l’eco, et en parler comme d’un substitut au CFA c’est créer une forme d’automaticité du remplacement qui pourrait ne pas être facilement accepté par les autres États de la Cedeao.

D’un autre côté, si l’on se veut pragmatique et que l’on prend en compte les coûts prohibitifs induits par tout processus de transition monétaire, pouvait-on choisir un autre nom de monnaie, alors que le projet était d’intégrer plus tard la future zone eco ?

Pour ce qui est de la dimension proprement économique, j’ai déjà eu le loisir de la traiter dans le cadre de diverses tribunes publiées dans Jeune Afrique depuis de nombreuses années.

Le G20 a approuvé le principe d’une allocation de droits de tirage spéciaux (DTS) d’un montant équivalent à 650 milliards de dollars. Est-ce une bonne nouvelle pour l’Afrique ?

La réponse est clairement oui, car le constat est unanime : les ministres africains des Finances et l’Union africaine ont appelé à une réponse continentale coordonnée au Covid-19, étayée par le déblocage urgent et immédiat de 100 milliards de dollars, dont 44 milliards devraient être consacrés à l’allégement de la dette de tous les pays africains. Les ministres ont également demandé un montant supplémentaire de 50 milliards de dollars pour financer un sursis de paiement des intérêts en cas de crise prolongée.

Sans en faire le principal moteur du développement de l’Afrique qui doit être avant tout endogène, j’appelle néanmoins la communauté internationale à un effort financier sans précédent en faveur du continent africain, en proportion de ce qu’elle a le courage de faire à l’heure actuelle pour le monde développé et émergent.

LE SOMMET AFRIQUE-FRANCE DE MONTPELLIER SERA UNE OCCASION DE POSER FRANCHEMENT LES QUESTIONS QUI FÂCHENT

L’Afrique réclame aujourd’hui, au nom de notre commune humanité, un appui international d’envergure sans lequel elle compromettra non seulement sa capacité à proposer une réponse efficace à la pandémie, mais réduira également de façon irréversible, ses chances de réaliser l’Agenda 2030 pour le développement durable.À LIRE « 18 milliards de dollars pour l’Afrique » : les DTS, remède miracle à la crise ?

Vous faites partie d’un groupe d’intellectuels sélectionnés pour débattre avec Emmanuel Macron à l’occasion du prochain sommet Afrique-France. Que faut-il attendre de ce rendez-vous ?

Le président Emmanuel Macron a demandé à l’historien camerounais Achille Mbembe la production d’un rapport sur l’avenir du partenariat franco-africain. Ce dernier a sollicité l’expertise d’un comité d’une dizaine de membres auquel j’appartiens. Il ne faut jamais refuser le débat car c’est de la confrontation que jaillit la lumière.

Le sommet Afrique-France de Montpellier constituera une occasion – parmi d’autres – de poser franchement les questions qui fâchent généralement la France en matière de positionnement sur le franc CFA : pourquoi la France tient-elle tant au franc CFA, d’autant qu’elle ne cesse d’affirmer que « le franc CFA est une monnaie africaine » ?

Mais l’avenir du partenariat économique entre l’Afrique et la France ne se résume pas au seul débat monétaire. L’urgence africaine est dans l’impératif de la transformation structurelle de son économie et il est important de co-construire de manière équitable avec la France – comme avec d’autres puissances installées ou émergentes – les voies d’une prospérité partagée. Il y va de la stabilité de l’Afrique et du monde.

source: jeuneafrique.com

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