CONNECTEZ-VOUS AVEC NOUS

Politique

Histoire: Revue de quelques grands scandales politiques

Publié

au

L’affaire Stavisky fait tomber deux gouvernements

Au début des années 1930, il est l’ami du tout Paris. Polonais émigré en France à l’âge de 12 ans, Alexandre Stavinsky est propriétaire du Théâtre de l’Empire et du journal La Volonté. Mieux, il place ses amis haut-placés – souvent des hommes politiques du parti radical – dans les conseils d’administration de ses entreprises. Mais son empire vacille. Son système de Ponzi (les nouveaux investissements servent à couvrir les anciens) s’effondre tandis qu’il est accusé d’avoir détourné 200 millions de francs avec l’aide du maire de Bayonne. On le retrouve mort le 9 janvier 1934 dans son chalet de Chamonix, deux balles dans la tête… La thèse officielle est celle du suicide. Camille Chautemps, président du Conseil (notre actuel premier ministre) est accusé d’avoir freiné les enquêtes pour sauver son ami : il doit démissionner. Le 6 février 1934, les ligues d’extrême-droite manifestent place de la Concorde. 15 personnes meurent dans l’émeute et le nouveau gouvernement Daladier doit lui aussi démissionner…

Emplois fictifs à la mairie de Paris

Tandis qu’il enquête sur le financement du RPR, le juge Patrick Démure tombe en 1997 sur une lettre compromettante : elle indique que des salariés du RPR, le parti de Jacques Chirac, voyaient leurs salaires pris en charge par la Ville de Paris, dont le maire était Jacques Chirac (de 1977 à 1995). Le document est signé par… Jacques Chirac. Tandis que le président de la République bénéficie de son immunité, Alain Juppé est condamné à 18 mois de prison avec sursis et dix ans d’inéligibilité en 2004 pour avoir couvert la pratique. La peine est ramenée à 14 mois avec sursis et un an d’inéligibilité en appel. L’affaire rattrape Jacques Chirac après son départ de l’Elysée. Le 15 décembre 2011, l’ancien président de la République est condamné à deux ans de prison avec sursis pour « détournement de fonds publics », « abus de confiance » et « prise illégale d’intérêts » sur 19 des 28 emplois litigieux. 

Affaire Cahuzac : le chasseur chassé

A son arrivée à Bercy, Jérôme Cahuzac avait promis de lutter sans répit contre la fraude fiscale. Le 4 décembre 2012, le site d’information Mediapart commence à publier une série d’articles sur le ministre du Budget du gouvernement de Jean-Marc Ayrault. L’enquête révèle que Jérôme Cahuzac possédait jusqu’en 2010 un compte bancaire non déclaré dans une banque suisse, UBS. Dans les médias comme à l’Assemblée nationale, l’homme nie tout en bloc, affirmant qu’il n’a « jamais eu de compte à l’étranger, ni maintenant, ni avant ». Le parquet de Paris s’intéresse à l’affaire puis met en examen Jérôme Cahuzac le 2 avril 2013. Le jour même, l’intéressé publie sur son site internet un message dans lequel il affirme détenir un compte de 600 000 euros à l’étranger, annonce sa démission et demande pardon au président de la République et au Premier ministre.

Panama : le scandale mouille politiques et journalistes

A la fin du XIXe siècle, tout le monde fait confiance à Ferdinand de Lesseps, le père du canal de Suez. En 1880, il fonde la Compagnie universelle du canal interocéanique du Panama pour creuser une voie d’eau reliant l’Atlantique au Pacifique par l’Amérique centrale. Des milliers de petits épargnants investissent leurs économies. Mais le chantier prend du retard, malgré l’intervention de l’ingénieur Gustave Eiffel. L’Etat vient au secours de l’entreprise en versant des subventions. Mais l’entreprise fait faillite en 1889. Trois ans plus tard, une campagne de presse révèle que des ministres, parlementaires et des journaux ont obtenu d’énormes pots-de-vin de la société pour favoriser le financement du projet par l’Etat. Politiques et journalistes sont surnommés les « chéquards » par la presse, notamment d’extrême droite. Le ministre des Travaux publics et de Lesseps sont condamnés à de la prison. Le père du canal ne purgera jamais sa peine. Les Etats-Unis termineront le canal.

L’affaire du sang contaminé : transfusions mortelles

Le scandale sanitaire s’est transformé en scandale politique. Les victimes en sont les hémophiles, des porteurs d’une maladie génétique rare, touchant principalement les hommes. Ces personnes, touchées par des problèmes de coagulation de sang, on souvent besoin de transfusions. Au milieu des années 1980, le Centre national de la transfusion sanguine a distribué des poches de sang ou de plasma porteuses du virus du Sida ou de l’Hépatite C. Plusieurs centaines d’hémophiles décèdent. A cette époque, les autorités de santé sont déjà conscientes que les produits sanguins non-chauffées présentaient un risque de contamination… L’affaire éclate en 1991 : Laurent Fabius (Premier ministre en 1985) ou Georgina Dufoix (ministre des Affaires sociales), sont accusés d’homicide involontaire. La Cour de justice les relaxera. Le secrétaire d’Etat à la Santé au moment des faits, Edmond Hervé, sera condamné mais dispensé de peine.

Le Watergate fit trembler les Etats-Unis

Le 17 juin 1972, cinq hommes se font arrêter dans le complexe d’immeubles du Watergate, à Washington : ils tentaient de poser des micros dans les bureaux du Parti démocrate. Sur eux, on retrouve des numéros de téléphone de la Maison blanche, du FBI et de membres du comité pour la réélection du président des Etats-Unis, Richard Nixon. Deux journalistes du Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein démontrent que ce sont des proches du président qui ont commandité l’effraction. Les révélations n’empêchent pas la réélection de Richard Nixon fin 1972. Mais le Congrès monte une commission d’enquête. Argent sale, écoutes illégales, coups montés : les proches du président « balancent » les uns après les autres. Nixon, qui se dit innocent, refuse de donner des enregistrements des conversations où il évoque l’affaire. Les parlementaires mettent en route la procédure de destitution. Le 8 août, Nixon annonce à la télévision qu’il démissionne. Il sera gracié par son successeur, Gérald Ford.

Le scandale des décorations fait trembler la République

Un gendre peut vous causer bien des problèmes. En 1887, le président de la République Jules Grévy l’apprend à ses dépens. Le gendre en question s’appelle Daniel Wilson, un député républicain d’Indre-et-Loire affairiste et ambitieux. Depuis quelques années, l’homme a mis en place un petit commerce très fructueux avec son ami, le général Caffarel. Ils reçoivent de belles sommes d’argent d’hommes vaniteux et, en échange, usent de leur influence pour leur octroyer une décoration. Une légion d’honneur se négocie entre 25 000 et 100 000 francs d’alors…  En tout, 23 000 demandes de décorations lui seraient parvenues. L’affaire éclabousse le président Ferry, père de l’épouse de Wilson… De violentes manifestations demandent son départ. Le 2 décembre, en début d’après-midi, le président démissionne. L’affaire favorise l’ascension politique du général Boulanger, flamboyant représentant du nationalisme tricolore, prêt à renverser la République…

Les grandes oreilles de l’Elysée

A l’époque de François Mitterrand, les oreilles de l’Elysée étaient grandes ouvertes. En 1982, le président socialiste exige l’établissement d’une cellule anti-terroriste dans le palais. Il y place les gendarmes Guézou et Prouteau. Le PC est équipé de vingt lignes téléphoniques. Mais très vite, les écoutes qu’on y pratique débordent le strict cadre du contre-espionnage : on écoute par exemple le pamphlétisteJean-Edern Hallier car il menace de révéler l’existence de Mazarine, la fille cachée du président. Ou encore des adversaires politiques comme Charles Pasqua, des journalistes comme Edwy Plenel, voire l’actrice Carole Bouquet. Le président annote de son stylo les comptes rendus des gendarmes. Il faudra attendre 2004 pour que l’affaire soit jugée. Sept anciens collaborateurs de l’Elysée sont condamnés à des peines mineures (prison avec sursis, amendes…).

L’affaire Iran-Contra

Vendre des armes à un ennemi juré pour financer une guerre contre un autre ennemi. C’est le plan mis en place par des membres de l’administration du président Ronald Reagan dans les années 1980. Depuis 1984, la législation américaine interdisait au gouvernement de financer les Contras, mouvement qui s’opposait aux Sandinistes, un gouvernement socialiste élu au Nicaragua. Du coup, des missiles anti-char étaient vendus à l’Iran et les dollars étaient ensuite reversés aux contre-révolutionnaires d’Amérique Centrale. Le scandale, révélé par un journal libanais, éclabousse le président américain en 1986. A la télévision, Reagan explique ne pas avoir été au courant des agissements de ses subordonnés. Ceux-ci seront graciés par son successeur, George Bush Sr. A ce jour, les documents relatifs à cette affaire sont toujours secrets.

La disgrâce de Nicolas Fouquet

Il avait de quoi rendre fou de rage Louis XIV. Nicolas Fouquet (1615-1680), protégé par le régent Mazarin, devient en 1653 le puissant surintendant des Finances du royaume : à cette époque, le Roi soleil est encore trop jeune pour régner pleinement. En vendant les charges, Fouquet parvient à sauver l’Etat de la banqueroute. Mais il en profite pour puiser dans les caisses pour remplir sa cassette personnelle ou pour placer ses partisans aux postes stratégiques. Devenu adulte, Louis XIV ne tolère plus le train de vie de Fouquet, qui vient de faire bâtir le somptueux château de Vaux-le-Vicomte et organise des fêtes splendides. Le 5 septembre 1661, il demande au mousquetaire d’Artagnan de procéder à l’arrestation de Fouquet lors d’une visite à Nantes. Un tribunal d’exception condamne l’homme au bannissement du royaume, mais pour Louis XVI, ce n’est pas assez : il utilise son droit de grâce pour obtenir son emprisonnement à vie…

Affaire Dreyfus : la France coupée en deux

Pendant dix ans, le pays se déchirera entre dreyfusards et antidreyfusards. Alfred Dreyfus (1859-1935) est un capitaine de l’armée d’origine juive alsacienne qui s’est fait une place au sein des services de renseignements. En 1894, il est accusé d’avoir tenté de fournir des documents confidentiels aux Allemands (son écriture ressemble à celle retrouvée sur un bordereau). Dreyfus est condamné au bagne au large de la Guyane. Son frère, puis l’écrivain Emile Zola dans une lettre ouverte au président Faure – le célèbre « J’accuse » de 1898 – vont prendre sa défense. Gauche républicaine et droite conservatrice se déchirent. Tandis qu’un procès en révision se prépare, certains politiciens et journaux se lancent dans une violente campagne antisémite. Alfred Dreyfus est de nouveau condamné à dix ans de prison puis gracié par le président Emile Loubet. Enfin, il obtient sa réhabilitation en 1906

Tangentopoli : corruption généralisée

Une enveloppe contenant sept millions de lires change le destin de l’Italie. En 1992, le patron d’une entreprise de nettoyage milanaise décide que trop c’est trop. Il en a marre de verser des pots-de-vin pour obtenir des contrats à un certain Mario Chiesa, un politicien socialiste. Il parle aux policiers, qui l’équipent de micros, puis se rend au bureau de Chiesa. Au moment où il accepte l’enveloppe, les carabiniers entrent dans la pièce. Le juge Antonio di Pietro mène l’enquête, très vite surnommée Mani pulite (« mains propres »). Car l’affaire implique progressivement des centaines d’hommes politiques, de tous les partis, jusqu’à Bettino Craxi, ancien Premier ministre. Suicides, confessions et assassinats se succèdent tandis que les italiens désertent les partis traditionnels (démocrates-chrétiens, socialistes et communistes). Devant l’immensité du Tangentopoli (« la ville des dessous-de-table »), l’enquête du juge di Pietro s’éternise. La plupart des cas finiront par être prescrits. Silvio Berlusconi profite de la confusion pour arriver au pouvoir.

Affaire Yann Piat : théories politiques farfelues

Une petite route sinueuse, au-dessus d’Hyères. Le 25 février 1994, deux motards juchés sur une Yamaha tirent sur la voiture de Yann Piat (1949-1994), députée UDF du Var. Cette ancienne proche du clan Le Pen (elle est la filleule de Jean-Marie Le Pen), ex-élue FN, meurt quelques instants plus tard. La méthode rappelle celle du milieu, reste à trouver les commanditaires. L’étau se resserre autour de la bande du Macama, un bar local, et de son leader, Gérard Finale. En 1998, ce dernier est condamné à la prison à perpétuité. Mais devant la nature sulfureuse du crime, les théories les plus farfelues circulent. Peu avant le procès, deux journalistes publient un ouvrage mettant en cause « Encornet » (Jean-Claude Gaudin) et « Trottinette » (François Léotard). Mais devant le manque de preuves des deux journalistes, l’éditeur retirera le livre de la vente.

Jani avec linternaute

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Politique

Second mandat : le président gambien Adama Barrow a prêté serment

Publié

au

Exemplaire du coran à la main et devant les membres de la Cour suprême,  Adama Barrow s’engage : « Je jure de remplir, fidèlement, les charges de Président de la république de Gambie, de respecter et de faire respecter les lois du pays »

Le Président Adama Barrow a prêté serment, mercredi, pour son deuxième mandat à la tête de la Gambie lors d’une cérémonie de près de trois heures, tenue au stade de l’indépendance de Bakau (Banjul).

Barrow a remporté la présidentielle gambienne du 4 décembre 2021 avec 53% des voix contre 27% pour son challenger Ousainu Darboe.

Les Présidents Muhamadu Buhari du Nigeria, Macky Sall du Sénégal, Faure Gnassingbé du Togo, Umar Sissoco Embalo de la Guinée Bissau, Julius Maada Bio de Sierra Leone et Mohamed Ould Ghazouani de la Mauritanie ont pris part à la cérémonie.

« J’appelle tous les Gambiens, quelles que soient leurs différences, à se rassembler en un seul peuple pour travailler au développement de notre pays », a insisté Barrow dans une déclaration faite juste après la prestation de serment. Il a fait savoir que le taux de participation de 90% enregistré lors de la présidentielle est une nouvelle victoire pour le peuple gambien qui a longtemps été éprouvé. Barrow a ainsi promis pour les cinq années à venir de poursuivre sa politique axée sur les infrastructures, l’énergie et les technologies.

Tombeur, à la surprise générale, de Yaya Jammeh à la présidentielle de décembre 2016, Barrow avait été contraint de prêter serment à l’ambassade de son pays à Dakar suite au refus du dictateur en poste depuis 1994 de reconnaître sa défaite. Acculé par la communauté des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), le dictateur Jammeh, arrivé au pouvoir par les armes, a cédé le pouvoir avant de s’exiler en Guinée Equatoriale où il vit actuellement.

Pour la présidentielle de 2021, Yaya Jammeh avait activement soutenu le candidat Mamah Kandeh arrivé 3ème avec 12. 32% des voix. La présidentielle gambienne se joue en un seul tour et la limitation du nombre des mandats présidentiels n’est, jusque-là, pas en vigueur dans ce petit pays de 11 300 km2 pour 2.4 millions d’habitants.

Jani avec AA

Continuer la lecture

Politique

Joe Biden et sa politique étrangère : Un an après… ?

Publié

au

Le président américain Joe Biden est entré en fonction en promettant de reforger les alliances de longue date de l’Amérique, après les tumultes de l’administration précédente et de redéfinir les relations avec les principaux adversaires.

Un an après, les résultats sont plutôt mitigés.

S’adressant aux diplomates du département d’État, deux semaines seulement après son entrée en fonction, Biden a clairement indiqué qu’il voulait que le monde sache que « l’Amérique est de retour ; la diplomatie est de nouveau au centre de notre politique étrangère ».

« Nous allons restaurer nos alliances et nous engager à nouveau avec le monde, non pas pour relever les défis d’hier, mais ceux d’aujourd’hui et de demain », avait-il déclaré.

Et d’ajouter : « Le leadership américain doit faire face à cette nouvelle ère de progression de l’autoritarisme, notamment aux ambitions croissantes de la Chine de rivaliser avec les États-Unis et à la détermination de la Russie de porter atteinte à notre démocratie et de la perturber. »

Le ton de rivalité donné par Biden à l’époque continue de résonner aujourd’hui, même si ses promesses de renforcer les alliances traditionnelles et de se réengager dans les organisations internationales ont parfois été bouleversées par l’évolution de la dynamique mondiale.

L’Afghanistan : Un retrait dans le chaos mené en collaboration avec les alliés

Joe Biden a promis de restaurer la confiance entre les alliés de l’OTAN, fortement ébranlée par l’approche impétueuse de l’ancien président Donald Trump vis-à-vis de l’alliance transatlantique. Il en avait besoin pour mettre fin à la plus longue guerre des États-Unis.

Le retrait des troupes d’Afghanistan, indépendamment de son calendrier, risquait d’être âpre et chaotique. Mais aucun responsable aux États-Unis ou en Europe n’avait prévu l’ampleur de cette débandade.

La résistance de l’ancien gouvernement reconnu par la communauté internationale, qui a tenu tête aux Taliban pendant des mois, voire un an, s’est rapidement estompée à mesure que les Taliban intensifiaient leur offensive militaire dans tout le pays, forçant les forces afghanes formées et équipées par l’OTAN à se rendre et à battre en retraite.

En août, la situation a atteint un crescendo sanglant. Les Taliban ont pris Kaboul alors même que les forces américaines et internationales, ainsi que les diplomates, se trouvaient encore dans la capitale. Des milliers d’Afghans se sont précipités vers l’aéroport international en quête d’une évacuation par les forces occidentales avant la date limite de retrait fixée au 30 août.

Dans le cadre de l’effort international mené par les États-Unis, plus de 124 000 Afghans « à risque » ont quitté le pays par avion, dans ce qui est devenu une des plus vastes évacuations de masse de l’histoire.

Malheureusement, plus de 150 Afghans et 13 membres des forces américaines ont perdu la vie dans un attentat-suicide le 26 août, revendiqué par la filiale afghane de Daech, le groupe terroriste qui n’a fait que gagner en puissance depuis le retrait des forces internationales.

20 ans après l’invasion de 2001, il ne reste plus de militaires américains en Afghanistan, ce qui répond à un objectif clé de la politique étrangère de Joe Biden, qui souhaitait mettre fin à la plus longue guerre des États-Unis.

President Joe Biden walks to speak to the media after meeting privately with Senate Democrats, Thursday, Jan. 13, 2022, on Capitol Hill in Washington. (AP Photo/Andrew Harnik)

La refonte des alliances avec l’Europe se heurte aux aspirations liées au Pacifique

Lorsque les États-Unis ont annoncé, aux côtés de l’Australie et du Royaume-Uni, la formation d’une nouvelle alliance militaire trilatérale connue sous le nom d’AUKUS, ils n’ont pas prévu la violente réaction qu’elle susciterait en Europe.

Le pacte vise ostensiblement à contrer les aspirations régionales de la Chine, mais il s’est accompagné d’un accord par lequel les États-Unis et le Royaume-Uni fournissent à l’Australie le savoir-faire nécessaire pour construire sa propre flotte de sous-marins à propulsion nucléaire.

Cela a conduit à l’annulation d’un important contrat d’armement franco-australien d’une valeur de quelque 90 milliards de dollars, visant à fournir à Canberra des sous-marins à propulsion conventionnelle, ce qui a suscité la colère de Paris, qui a violemment critiqué ce contrat.

Le président français Emmanuel Macron a rappelé les ambassadeurs de son pays aux États-Unis et en Australie et a appelé publiquement l’Europe à réduire sa dépendance militaire vis-à-vis des États-Unis, dans ce qui a constitué la pire crise diplomatique entre alliés sous la présidence de Joe Biden.

Les tensions se sont depuis lors apaisées, mais les effets durables de cette crise demeurent entiers.

Chine : Les tensions de l’ère Trump persistent malgré la volonté de redéfinir les relations

L’accord AUKUS n’était qu’un aspect du recentrage des États-Unis sur l’Asie. Il s’est accompagné de la volonté de Biden de renforcer les liens avec les principaux alliés asiatiques que sont le Japon et la Corée du Sud.

Il n’est donc pas surprenant que la première invitation de la Maison Blanche à un dirigeant étranger ait été adressée à l’ancien Premier ministre japonais, Yoshihide Suga, suivi rapidement par le président sud-coréen, Moon Jae-in, qui s’est rendu à Washington un mois plus tard.

Et, après avoir convoqué une réunion virtuelle des puissances du Pacifique que sont l’Australie, l’Inde et le Japon, le président Biden les a réunis en personne à Washington en septembre, pour le tout premier sommet en personne au niveau des dirigeants de ce que l’on appelle la Quadrilatérale.

Au cœur de cette effervescence diplomatique, la Chine, qui s’affirme de plus en plus dans la région, et, dans une moindre mesure, la Corée du Nord, qui a procédé à des essais de missiles balistiques dans la région au mépris des résolutions et des sanctions des Nations unies.

Les provocations de Pyongyang, qui aurait notamment testé des missiles hypersoniques, ont jusqu’à présent empêché la levée des sanctions internationales, ce que la Corée du Nord réclame avant de reprendre les pourparlers sur sa dénucléarisation.

Bien qu’il se soit engagé à redéfinir les relations avec la Chine en passant de la confrontation à une relation de rivalité, Joe Biden n’a pas mâché ses mots sur la façon dont il considère la Chine et son président Xi Jinping, affirmant à plusieurs reprises que son homologue est déterminé à redéfinir l’ordre mondial et à asseoir la suprématie de l’autoritarisme sur la démocratie.

« C’est un combat entre les démocraties du XXIe siècle et les autocraties », a déclaré le président américain lors de sa première conférence de presse en mars. « Nous devons prouver que la démocratie est porteuse d’avenir », avait-il souligné.

Le mois où Joe Biden a tenu ces propos a également été marqué par un désormais tristement célèbre sommet entre les États-Unis et la Chine en Alaska, qui a dégénéré en un échange d’injures, inédit sur la place publique, entre les hauts diplomates américains et chinois.

Un sommet virtuel tenu en novembre entre Biden et Xi a été nettement plus courtois, mais n’a pas débouché sur une avancée majeure dans les relations sino-américaines, les deux pays continuant à se renvoyer la balle sur fond d’inquiétudes de Washington concernant la répression des droits de l’Homme à Hong Kong et d’avertissements concernant une éventuelle invasion de Taïwan.

Biden aspire à la stabilité avec la Russie, mais peine à y parvenir

Le président américain a terminé son premier voyage à l’étranger en juin par un face à face très attendu avec le président russe, Vladimir Poutine, dans ce qui a été présenté comme un effort pour construire une relation « stable et sans surprises » avec le Kremlin.

Ce sommet n’a cependant pas permis d’apaiser les tensions bilatérales, les deux hommes cherchant à trouver un consensus sur une multitude de questions, du contrôle des armements aux allégations américaines de cyberattaques russes.

Les ambassadeurs des États-Unis et de la Russie ont toutefois réintégré leur poste dans les capitales des deux pays, ce qui constitue une avancée relativement modeste.

La rencontre virtuelle de deux heures entre Poutine et Biden, en décembre, est intervenue alors que Moscou commençait à rassembler des effectifs militaires le long de sa frontière avec l’Ukraine pour la deuxième fois en 2021. Ce déploiement n’a fait que se poursuivre, totalisant désormais plus de 100 000 soldats, ainsi qu’un important soutien en artillerie et en véhicules blindés.

Les tensions sont restées vives en janvier à la suite d’une cyberattaque contre le gouvernement ukrainien, que l’Europe a imputée à la Russie. Les États-Unis et leurs alliés européens ont mis en garde contre des sanctions économiques « dévastatrices » à l’encontre de Moscou, si la Russie devait de nouveau envahir l’Ukraine, après avoir annexé la péninsule de Crimée en 2014.

Cf : avec AA

Continuer la lecture

Politique

France: Candidat à la presidentielle, Eric Zemmour condamné

Publié

au

Le candidat à la présidentielle Eric Zemmour a été condamné à 10 000 euros d’amende pour provocation à la haine raciale par le tribunal correctionnel de Paris, lundi 17 janvier, pour avoir qualifié sur CNews les migrants mineurs isolés de « voleurs », d’« assassins » et de « violeurs » en septembre 2020. M. Zemmour va faire appel de cette décision, a annoncé son avocat, Olivier Pardo.

Sur Twitter, le candidat d’extrême droite a dénoncé « une condamnation idéologique et stupide ». « Ce système fabrique du délit d’opinion de manière industrielle. Il est urgent de chasser l’idéologie des tribunaux », a-t-il écrit.

« La vérité est que ces mineurs isolés, qui ne sont bien souvent ni mineurs, ni isolés, se caractérisent par leur présence irrégulière sur notre territoire et leur forte propension à la délinquance, voire à la criminalité. En tant que citoyens français, nous devons exiger le droit d’aborder cette question (…) sans risquer d’être inquiétés par la justice », a poursuivi le candidat.

Estimant que le polémiste s’était rendu coupable de provocation à la haine et injure raciale, le parquet avait requis une peine de 100 jours-amendes à 100 euros, soit 10 000 euros d’amende avec possibilité d’emprisonnement en cas de non-paiement. Le parquet de Paris avait par ailleurs requis 5 000 euros d’amende pour le directeur de publication de CNews, Jean-Christophe Thiery de Bercegol du Moulin, jugé aux côtés d’Eric Zemmour comme c’est l’usage dans les procès de presse. Il a été condamné à 3 000 euros d’amende. « Condamner un patron de presse, c’est condamner à petit feu la liberté d’expression. Surtout lorsque le sujet est un débat de fond, un vrai enjeu politique », a réagi son avocat Me Olivier Baratelli, qui va également faire appel.

Le candidat à la fonction suprême, qui avait boudé l’audience le 17 novembre, n’était pas présent lundi devant la 17e chambre correctionnelle pour la lecture du jugement. Déjà poursuivi à de nombreuses reprises pour injure raciale, provocation à la haine ou contestation de crime contre l’humanité, M. Zemmour était cette fois cité à comparaître par le parquet pour ses propos sur les migrants mineurs isolés.

Une trentaine d’associations parties civiles

Le 29 septembre 2020, lors d’un débat dans l’émission « Face à l’info » sur CNews après un attentat devant les ex-locaux de Charlie Hebdo, le polémiste affirmait : « Ils n’ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont, il faut les renvoyer et il ne faut même pas qu’ils viennent. »

« C’est une invasion permanente », « c’est un problème de politique d’immigration », avait-il ensuite vociféré dans cette émission dont il était chroniqueur. Des « propos méprisants, outrageants », qui montrent « un rejet violent » et une « détestation » de la population immigrée et qui ont franchi « les limites de la liberté d’expression », avait estimé la représentante du ministère public.

« Il n’y a pas une once de racisme chez Eric Zemmour », qui ne fait que dire « la réalité », parfois de « manière brutale, avec ses mots », avait soutenu Me Olivier Pardo, évoquant « une position politique ». Pour le conseil, la citation pour provocation à la haine raciale ne se tenait pas : « Les mineurs isolés ne sont ni une race, ni une nation, ni une ethnie. »

Une trentaine d’associations se sont constituées parties civiles, dont SOS-Racisme, la Ligue des droits de l’homme (LDH), la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et la Maison des Potes, ainsi qu’une vingtaine de conseils départementaux – les mineurs non accompagnés étant pris en charge par l’aide sociale à l’enfance, gérée par les départements.

Responsabilité de la chaîne d’information

Dans leurs plaidoiries, les parties civiles avaient insisté sur la responsabilité de la chaîne d’information, dont le « discours de haine » est « le fonds de commerce ». Les sorties controversées d’Eric Zemmour, 63 ans, contraint à la mi-septembre de quitter CNews en raison de ses ambitions présidentielles, lui ont valu depuis une dizaine d’années une quinzaine de poursuites en justice. Plusieurs fois relaxé, il a été condamné à deux reprises pour provocation à la haine.

Le candidat d’extrême droite doit être jugé en appel jeudi pour contestation de crime contre l’humanité après avoir soutenu en octobre 2019 sur CNews que le maréchal Philippe Pétain avait « sauvé » les juifs français. Il avait été relaxé en février 2021, le tribunal estimant que les propos avaient été prononcés « à brûle-pourpoint lors d’un débat sur la guerre en Syrie ».

Son avocat va demander le renvoi de cette audience, à moins de trois mois du premier tour de l’élection présidentielle et « parce qu’il s’agit d’un délit d’opinion », estime Me Pardo auprès de l’AFP. Eric Zemmour a aussi été assigné, le 27 janvier, par des sociétés et des personnalités du cinéma pour contrefaçon, après l’utilisation non autorisée d’images dans son clip d’entrée en campagne.

Enfin, la justice a par ailleurs fixé vendredi une nouvelle échéance pour Eric Zemmour : il sera jugé en mai 2023 pour diffamation aggravée, pour des propos tenus en 2019 sur le « mouvement féministe » et le « mouvement LGBT ».

Source : Le Monde

Continuer la lecture
Advertisement

Tendance

Copyright © 2021 Managers africains, powered by SAMAWEB.