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Nouveau Sommet France-Afrique : entre exigences de ruptures et devoir de vérité.

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« Changement », c’est le buzzword du moment. Vendredi, 8 octobre 2021, à Montpellier (sud de la France), s’est tenue la 28eme édition du « fameux » sommet France-Afrique. La nouveauté de cette édition: absence de Chefs d’Etats africains et participation remarquable, au demeurant, d’une jeunesse du continent et de sa société civile. Ce rendez-vous, aux allures enchanteresses, mais à la saveur épique, était l’occasion pour le président français Emmanuel Macron, de s’expliquer, mettons… relooker, le soft power de la France envers l’Afrique, dans une version plus « glamour ». Entre 2000 et 3000 personnes ont participé à l’évènement.

Focus sur Achille Mbembe: un des architectes du Sommet France-Afrique

«Refonder » la relation entre la France et le continent, tel est l’objet des recommandations du philosophe et historien camerounais, consignées dans un rapport remis à Emmanuel Macron, le mardi 5 octobre. Ce, pour rappel, dans la suite des travaux d’un autre intellectuel de renom, Felwine Sarr, sanctionnés par un rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain et remis au même président français, en novembre 2018.

Le rapport Mbembe et son équipe, est le fruit de rencontres et d’échanges avec des jeunes africains, africaines, et des représentants de la société civile dans 12 pays d’Afrique. Il faut dire que l’acceptation de cette mission, de cet agenda de l’Elysée par l’intellectuel camerounais, a soulevé un tollé, voire une levée de bouclier d’une frange d’intellectuels et d’activistes qui l’accusent de collaborer avec ce qui serait l’axe du mal africain.

Toutefois, l’accusé, Achille Mbembé, avait dû, sous le feu des critiques, prendre sa plume, entre autres, pour écrire quelques mots, à l’endroit de ses pourfendeurs « paresseux », qui visiblement, seraient victimes de « misère intellectuelle ». En effet, le 22 juin 2021, il écrivît ceci : « Un certain nombre de commentateurs paresseux (pour ne pas dire plus) ont pris l’habitude de me présenter comme un ‘’théoricien du post colonialisme’’. Ils se trompent de bout en bout, les yeux ouverts ». Et de poursuivre : « J’ai écrit un livre intitulé De la Postcolonie(2000). En contrepoint, précisément, des théories dites « postcoloniales » qui, à l’époque entamaient leur montée en puissance dans l’académie anglo-saxonne. Je jugeais alors que ces courants de pensée s’intéressaient davantage au Fanon de Peau Noire, Masque Blanc (1952) qu’à celui des Damnés de la Terre(1961). En d’autres mots, ils accordaient trop d’importance à l’Autre dont ils faisaient sans cesse le procès et pas suffisamment à Soi en tant que comptable devant soi-même (…)» et d’ajouter, avec quelques piques: « en tant que procès public de Soi, De la Postcolonie est en réalité une œuvre anti-postcolonialiste par excellence. Que ceci ait échappé à maints commentateurs est en soi révélateur de la misère intellectuelle de notre époque, mais aussi, du danger que court la critique des lors qu’elle se soucie non pas de lire soigneusement mais de cataloguer… ».

Bien entendu, selon certains spécialistes, les fondements du postcolonialisme seraient à trouver dans les œuvres déjà cités de Franz Fanon et du livre, Portrait du colonisé d’Albert Memmi (1957) même si, par ailleurs, l’orientalisme d’Edward Saïd (1978) est considéré comme le texte fondateur.

L’exercice de vérité d’Emmanuel Macron face à la soif de vérité des jeunes africains : le show épique !

Pour reprendre Denzel Washington, dans The Great Debaters (2007) : « débattre est un sport de combat ». Au vrai, à l’image du General de Gaulle, l’actuel président français est un féru des joutes aratoires, un orfèvre de la formule-choc. Il aura toutefois, eu des sueurs froides, le vendredi 8 octobre, face à quelques jeunes qui, visiblement, n’avaient pas froid aux yeux. En effet, le format de ce Nouveau Sommet France-Afrique, a offert à ces derniers, l’occasion d’un face to face « historique » avec le président français, pour lui dire quelques vérités, et poser les questions qui fâchent, ces questions que ses homologues africains passent habituellement sous silence, en de pareilles circonstances.

Tour à tour, le « colonialisme », « l’arrogance » et le « paternalisme français », sont passés à la moulinette de ces jeunes, à tout le moins, soif de vérités sans feinte, de changement sans chausse-trappe, de rupture… tout simplement. Il s’agissait, au vrai, d’une invite à quitter les brumes nostalgiques d’une Afrique disparue, pour aborder les rives prometteuses d’une collaboration vertueuse.

Une rencontre, qui rappelle, à bien des égards, le passage mémorable du président français au Burkina en 2017, devant quelques 800 étudiants survoltés. En effet, d’entrée de jeu, c’est la directrice camerounaise du Zeitz Museum of contemporary art en Afrique du Sud, Koyo Kouoh, qui ouvre la tirade en demandant au président Macron, combien d’artistes africains ont été montrés, ne serait-ce que ces dix dernières années en France ? Et ce dernier de lui répondre qu’il n’était en fonction que depuis peu temps. A son tour, Adam Dicko, la malienne, n’a pas mis de gants, pour dire ses vérités au président français. Elle soutient que « sans l’Afrique, la France n’existerait pas », une réplique qui fait suite aux propos de Macron qui estimait que « sans la France au Sahel, il n’y aurait pas de gouvernement au Mali ». Elle poursuit par ces mots, à l’attention d’Emmanuel Macron : «arrêtez de faire croire que vous êtes intervenu au Mali pour aider l’Afrique. Vous êtes intervenu pour réparer votre faute en Libye et surtout protéger vos intérêts. Après tout, le terrorisme vous menace aussi ».

L’intervention du blogueur sénégalais, Cheikh Fall, était tout aussi remarquable au regard des multiples réactions dans les médias mainstream. Il a clairement appelé le président français, à demander pardon au continent africain pour les crimes de colonisation, d’arrêter de renforcer le pouvoir des dictateurs africains, d’arrêter la pseudo coopération paternaliste, de programmer un dispositif de retrait progressif et définitif des bases militaires françaises en Afrique, de mettre ensemble un mécanisme de collaboration franche afin renforcer les acquis démocratiques. Enfin, il a demandé à ce dernier de mettre en œuvre ses engagements d’Abidjan de 2019 sur la réforme du Franc CFA et de transposer les réserves de fonds vers l’Afrique. A propos de la demande de pardon, Macron dira qu’il « ne crois pas à une politique de pardon mais de reconnaissance, à une politique qui doit mettre en place un processus de mémoire et d’histoire commune ».

Dans une envolée métaphorique, Eldaa Kooma, du Burkina, a comparé la relation entre la France et l’Afrique, à une « marmite sale » qu’il faille récurer. Si Macron est favorable au lavage de la marmite, il précise toutefois « qu’il y’aurait forcément des traces ». Le guinéen Aliou Bah, a quant lui, interpellé le président français sur les ambiguïtés de Paris par rapport au troisième mandat présidentiel qui a le vent en poupe en Afrique, en l’invitant à ne point accompagner ou collaborer avec des responsables politiques qui tripatouillent la constitution pour s’éterniser au pouvoir. Ce à quoi il rétorqua, que par rapport à la Guinée, il a toujours condamné le tripatouillage constitutionnel avant, pendant, et après la présidentielle. C’était aussi, l’occasion de s’expliquer sur sa posture quelque peu incompréhensible sur le 3em mandat d’Alassane Ouattara, arguant « des circonstance exceptionnelles », suite au décès du candidat du RHDP, Amadou Gon Coulibaly. Mais aussi, en tant que démocrate, de revenir sur les raisons de sa bénédiction à la succession décriée d’Idriss Deby au Tchad, après son décès brutal. En ce sens,  il  a avancé la décision du président de l’Assemblée nationale, Haroun Kabadi de renoncer à la présidence de la transition, en plus du risque terroriste réel dans la zone.

Par ailleurs, le débat sur le vocabulaire de la dépendance entre la France et l’Afrique, a fait que le président français s’est engagé, à désormais parler « d’investissement solidaire » plutôt que du mot politiquement dégradant : « aide ».

Ainsi donc, le pouls de la jeunesse africaine inspire et impulse depuis quelques temps la dynamique des rapports entre la France et l’Afrique. C’est du moins, ce que tente de montrer le président français, qui n’a de cesse d’adouber cette jeunesse. On se souvient encore de sa déclaration à Abidjan, en 2019, sur la réforme du Franc CFA : « C’est en entendant votre jeunesse que j’ai voulu engager cette réforme. Le Franc CFA cristallise de nombreuses critiques et de nombreux débats sur la France en Afrique. J’ai entendu les critiques, je vois votre jeunesse qui nous reproche de continuer une relation qu’elle juge postcoloniale. Donc rompons les amarres » avait-il lancé, avec assurance.

 La « fabrique » du néocolonialisme… dénoncée

Pour les pourfendeurs du Nouveau Sommet France-Afrique, cet évènement est un leurre de plus, en dépit de sa forme revue. Sous ce rapport, « vouloir prouver des choses qui sont claires d’elle-même, c’est éclairer le jour avec une lampe » (Aristote). En effet, en octobre 1983 déjà, lors du sommet de Vittel, la question de l’utilité d’une telle rencontre a été posée par Thomas Sankara : A quoi servent les sommets France- Afrique ?

Gageons que la réponse à cette question varie en fonction de l’intime conviction de chacun et à l’aune du bilan de ces sommets. Dans l’optique de Frantz Fanon toutefois, la responsabilité de l’intellectuel africain doit se comprendre comme une responsabilité tournée vers la libération du continent. Or cette libération, selon ces détracteurs du sommet, passerait par le refus des nouvelles formes d’asservissement, de la servitude volontaire, du néocolonialisme plus exactement. Il s’agit donc de lutter pour une « seconde indépendance ».

Dans un ouvrage collectif contre le sommet de Montpellier, qui rassemble une vingtaine de contributions et dirigé par Kously Lamko, Amy Niang, Ndongo Samba Sylla et Lionel Zevounou, intitulé De Brazzaville à Montpellier, regards critiques sur le néocolonialisme français, on peut lire ceci : «  Au-delà des faux-semblants de Montpellier, la bonne nouvelle est que la lutte pour une seconde indépendance est portée sur le plan intellectuel par des initiatives panafricanistes comme le Rapport Alternatif sur l’Afrique (RASA) et le Collectif pour le Renouveau Africain(CORA) », qui a initié l’ouvrage.

On peut en outre, y extraire ce passage, qui traite de la politique d’ouverture de la France, et qui dit en quelques mots, « que le souci de redorer l’image de la France en Afrique explique quelques récentes ouvertures « symboliques » à savoir le projet de restitution de certains biens culturels, la reconnaissance à mots couverts de responsabilité de la France durant le génocide des Tutsi au Rwanda, la facilitation de l’ouverture des archives coloniales en Algérie et celles relatives à l’assassinat de Thomas Sankara etc.

C’est dire qu’un contre-sommet était déjà en cours, avec le narratif nécessaire et bien pensé, pour imposer le rapport de force intellectuel et peser sur l’opinion publique. Et les piques se sont poursuivies le lendemain du sommet. En effet, Nathalie Yamb, écrira dans un tweet enflammé : « Tu ne peux pas être pro-Afrique si tu n’es pas viscéralement contre la France. Seuls les fous aiment leur tortionnaire, leur violeur ou leur colonisateur ou veulent discuter avec lui. Il n’y a aucun besoin de dialogue. Nous voulons une rupture nette et définitive ».

 Et le leader de l’ONG Urgence Panafricaniste, Kemi Seba, de poursuivre dans la même lancée : «  Mon problème, ce n’est pas Macron, mais la participation idiote de ces quelques africains triés sur le volet, assoiffés de reconnaissance et qui sans s’en rendre compte, participe au narratif du renouvellement du néocolonialisme français ».

Les décisions issues du Sommet

Pour l’essentiel, le rapport d’Achille Mbembé sur les nouvelles relations Afrique-France, prône « un dialogue d’égal à égal » en appelant à « accompagner la Jeunesse africaine vers l’emploi et à créer une commission intercontinentale sur la transparence économique ».  Ainsi, ces quelques décisions ont été prises à l’issue du sommet :

Un fonds doté de 10 milliards pour aider les entreprises africaines innovantes du secteur numérique. Un fonds pour aider les musées africains à accueillir des œuvres internationales et soutenir les académies sportives africaines. Le président Français a aussi annoncé la restitution fin octobre, au Benin, de 26 œuvres pillées au palais d’Abomey, ainsi que d’œuvres qui seront remises à la Cote d’Ivoire dont le Djidji Ayokwe, célèbre tambour Ebué actuellement déposé au musée du Quai Branley.

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Coup d’Etat en cours au Soudan : le Premier ministre arrêté

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Communications coupées, manifestations en cours. Depuis 2019, après la chute d’Omar El Béchir, civils et militaires se partagent le pouvoir au Soudan. Lundi 25 octobre, les forces armées ont finalement arrêté les dirigeants civils dont le Premier ministre, Abdallah Hamdok, et plusieurs de ses ministres. Pourtant, les militaires devaient rendre le pouvoir aux civils dans un mois.

Le Premier ministre, Abdallah Hamdok a refusé de soutenir le « coup d’Etat », ce qui expliquerait son arrestation selon le ministère de l’information. En effet, dans un pays où les télécommunications sont de plus en plus aléatoires et la télévision d’Etat prise d’assaut par des soldats sans qu’aucune annonce n’y soit faite, seul un canal subsiste: des communiqués du ministère de l’Information sur Facebook.

« La plupart des ministres et les membres civils du Conseil de souveraineté ont été arrêtés (…) par des forces militaires », a-t-il d’abord annoncé.

Puis, a-t-il ajouté, « après qu’il a refusé de soutenir le coup d’Etat, des forces armées ont arrêté le Premier ministre Abdallah Hamdok et l’ont emmené vers un lieu non identifié »

 C’est un « coup d’Etat militaire », dénonce l’Association des professionnels, l’un des fers de lance de la révolte de 2019, qui a mis fin à 30 ans de règne autoritaire, dans ce pays d’Afrique de l’Est, l’un des plus pauvre au monde.

Avec le syndicat des médecins et des banques, ils appellent à la désobéissance civile à Khartoum déjà plongée dans le chaos, sans internet et avec des rues noires de monde se demandant quel nouveau rebondissement arrive dans un pays déjà secoué par un coup d’Etat manqué il y a un mois.

L’ONU, l’UA, l’UE, les USA et la Ligue arabe se prononcent

« J’appelle les forces armées à relâcher immédiatement les personnes retenues », a exhorté l’émissaire de l’ONU au Soudan Volker Perthes, jugeant « inacceptables » les arrestations de la quasi-totalité des civils au sein des autorités de transition. Pour sa part, l’Union africaine « exige la reprise du dialogue entre civils et militaires… »

Les Etats-Unis, dont l’émissaire Jeffrey Feltman était la veille encore dans le bureau du Premier ministre, Abdallah Hamdok, aujourd’hui arrêté, se sont dits « profondément inquiets », prévenant que « tout changement du gouvernement de transition mettait en danger l’aide américaine ».

Pour sa part, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a appelé la communauté internationale « à remettre la transition soudanaise sur les rails », tandis que la Ligue arabe se disait « inquiète », exhortant au « dialogue ».

« …prêts à sacrifier nos vies pour la transition démocratique »

Dans les rues de Khartoum, où les réseaux sociaux ne sont plus accessibles pour beaucoup, de nombreux Soudanais ont conspué le général Abdel Fattah al-Burhane, qui chapeaute le Conseil de souveraineté désormais amputé de sa part civile, ont constaté des correspondants de l’AFP.

Beaucoup convergeaient vers le principal axe du centre-ville où des pro-civils avaient organisé jeudi une démonstration de force aux cris de « révolution » pour refuser ce que les militants appelaient déjà « un coup d’Etat rampant ».

« Nous n’accepterons pas de régime militaire et nous sommes prêts à sacrifier nos vies pour la transition démocratique », a juré l’un d’eux à l’AFP, Haitham Mohamed.

« Nous ne quitterons pas les rues avant le retour du gouvernement civil et la reprise de la transition », affirme de son côté Sawsan Bachir, elle aussi sous la nuée de drapeaux soudanais.

La transition post-dictature dans un pays quasiment toujours sous la férule des militaires et des islamistes depuis son indépendance il y a 65 ans, la transition battait de l’aile depuis longtemps.

Entre luttes de pouvoir parmi les civils et militaires décidés à conserver leurs acquis politiques et économiques, elle a débuté dans l’union sacrée avant de finir morcelée.

En avril 2019, l’armée poussait au départ Omar el-Béchir après trois décennies de pouvoir, sous la pression d’une énorme mobilisation populaire. Depuis août de la même année, un Conseil de souveraineté composé pour moitié de civils et pour moitié de militaires, menait le pays, promettant les premières élections libres fin 2023.

Mais ces derniers jours, la tension est montée entre les deux camps. Le 16 octobre, des pro-armée ont planté leurs tentes devant le palais présidentiel où siègent les autorités de transition.

En réponse, le 21 octobre, des pro-civils sont descendus par dizaines de milliers dans les rues du pays, dans un joyeux festival pour, disaient-ils, « sauver » leur « révolution » anti-Béchir.

Désaccord entre civils

Au vrai, la direction du pays était censée être remise aux civils lors par étape, avant d’arriver fin 2023 aux premières élections libres en 30 ans. Toutefois, il y a deux jours, le camp pro-civil avait mis en garde contre un « coup d’Etat rampant », lors d’une conférence de presse qu’une petite foule avait cherché à empêcher.

Mais ce camp semble divisé. En atteste, le sit-in qui réclame un « gouvernement militaire » comme les pro «révolution » se revendiquent tous des Forces de la liberté et du changement (FLC), la grande alliance anti-Béchir qui s’est créée en 2019.

La rumeur courait dans Khartoum qu’un remaniement ministériel était imminent et que l’armée cherchait à étendre son influence au sein des autorités de transition.

Mais M. Hamdok, qui parlait depuis des jours de « crise la plus grave et la plus dangereuse » pour la transition, avait juste tenu à rassurer.

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CEA-Hancock : une pétition de 64 personnalités africaines contre Vera Songwe

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Aux sources de cette pétition, l’affaire Hancock. La nomination de Matt Hancock au poste de représentant spécial chargé de l’innovation financière et du changement climatique auprès de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) aura duré en tout et pour tout quatre jours. Après 96 heures de polémiques, c’est le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres himself, qui a mis fin au mandat de l’ancien ministre britannique, désavouant au passage son adjoint, à savoir la secrétaire générale de la Commission Economique pour l’Afrique (CEA), Vera Songwe, cible de critiques.

Le rapport de la déchéance et la tirade des 64

Le désormais ex promu n’est autre que l’ancien Secrétaire d’État britannique à la santé et aux soins sociaux, également député de West Suffolk.  Par un curieux hasard, la nomination de Hancock a coïncidé avec la publication d’un rapport du parlement britannique très critique à l’égard de sa gestion de la pandémie de Covid 19 au Royaume-Uni.

En dépit de son rétropédalage, la CEA, organisation de développement basée à Addis Abeba, est cible de critiques. « M. Hancock a démissionné du gouvernement britannique en juin, sous le coup d’accusations d’hypocrisie, après avoir été filmé par des caméras de sécurité dans son bureau, alors qu’il violait les règles gouvernementales de distanciation liées à la pandémie de Covid 19, en étreignant une assistante avec qui il entretenait une liaison. M. Hancock a également été embourbé dans des allégations de corruption pendant son mandat de au poste de ministre de la santé », lit-on dans une déclaration sévère de 64 personnalités et organisations de la société civile africaine qui lui reprochent d’avoir éloigné l’organisation de sa mission première.

Et les auteurs de la lettre d’enfoncer le clou: «la décision peu judicieuse de Mme Vera Songwe de nommer M. Hancock et l’appréciation qu’elle a faite de ses compétences et de sa valeur face à la preuve du contraire vont au-delà de la parodie ». 

En dehors de la pétition des personnalités africaines, l’ancien ministre est surtout critiqué pour s’être opposé alors qu’il était en fonction, aux demandes concernant la levée des droits de propriété intellectuelle, sur les  vaccins contre le COVID-19. 

La liste des 64 signataires

1. Abdourahmane Ndiaye Secrétariat permanent du Rapport Alternatif Sur l’Afrique (RASA)

2. Adebayo.O.Olukoshi,WitsSchoolofGovernance,Johannesbourg,AfriqueduSud

3. Alice Urusaro Karekezi Centre de Gestion des Conflits, Université de Rwanda

4. Alice Mogwe. Directrice de DITSHWANELO – Le Centre des droits de l’homme du Botswana.Gaborone, Botswana

5. Alioune Sall African de Futures Institute, Pretoria/Dakar

6. Alvin Mosioma, Directeur exécutif, de Tax Justice Network-Africa, Nairobi, Kenya

7. AndrewKaramagi,Avocatdesdroitsdel’homme,Ouganda

8. Brian Tamuka Kagoro, Harare, Zimbabwe

9. Chaacha Mwita – Nairobi, Kenya

10.Chafik Ben Rouine, Président de l’Observatoire tunisien de l’économie

11.Charles Abugre, Tamale, Ghana

12.Cheikh Guèye, Géographe du Rapport alternatif sur l’Afrique (AROA/RASA),

13.Cheikh Tidiane Dieye, Directeur, du Centre africain pour le commerce, l’intégration et le développement (CACID), Dakar, Sénégal

14.Chérif Salif SY Directeur du Forum du Tiers-monde (FTM), Dakar, Sénégal

15.Chike Jideani, Directeur, Institut de l’éthique et de la conformité des entreprises du Nigeria, Abuja, Nigeria.

16.Claire Mathonsi, Directrice exécutive adjointe, Advocacy Accelerator, Nairobi, Kenya

17.Claude Kabemba, Militant des droits de l’homme, Johannesbourg, Afrique du Sud

18.Crystal Simeone, Directeur de Nawi-Afrifem Macroeconomics Collective, Nairobi, Kenya

19.David van Wyk, Fondation Bench Marks, Johannesbourg, Afrique du Sud

20.Demba Moussa Dembele, Président de l’Association Africaine de Recherche et de Coopération pour l’Appui au Développement Endogène (ARCADE), Dakar, Sénégal

21.Dieudonne Been Masudi, Ressources Naturelles pour le Département (RND), Kinshasa, D.R. Congo

22.Dzodzi Tsikata, Institut des Études Africaines, Université du Ghana, Legon Ghana

23.Ebrima Sall, Trust Africa, Dakar, Senegal

24.Élie Kadima, MDR : Mouvement pour les droits de l’homme et la réconciliation, Lumumbashi, R.D. Congo

25.Ernest Mpararo, Secrétaire Exécutif de la Licoco, Kinshasa, R.D Congo

26.Eunice Musiime – Directeur exécutif de Akina Mama wa Afrika, Kampala, Ouganda

27.Firoze Manji, Professeur adjoint, Institut d’études africaines Université Carleton, Ottawa, Canada

28.Fondation Bench Marks, Johannesbourg, Afrique du Sud

29.Franck Fwamba, Touche Pas A Mon Cobalt, Kinshasa, D.R. Congo

30.Gladwell Otieno Directeur exécutif du Centre africain pour la gouvernance ouverte (AfriCOG) Nairobi, Kenya

31.Godwin Murunga, CODESRIA Dakar, Sénégal

32.Hope Chigudu de HopeAfrica Groupe de conseil féministe, Ouganda/Zimbabwe

33.Ibrahim Oanda Ogachi, CODESRIA, Dakar, Sénégal

34.Idayat Hassan, Centre pour la démocratie et le développement, Abuja, Nigeria

35.Ikal Ang’elei. Directeur exécutif des Amis du lac Turkana, Kenya

36.Isabel Maria Casimiro, Maputo, Mozambique

37.Janah Ncube, Harare, Zimbabwe

38.Jane Nalunga, Directrice exécutive de SEATINI, Kampala, Ouganda

39.Jason Braganza Directeur exécutif, de AFRODAD, Harare, Zimbabwe.

40.Jibrin Ibrahim, Chercheur principal du Centre pour la démocratie et le développement, Abuja, Nigeria

41.John Githongo, éditeur du journal The Elephant ; ancien secrétaire permanent (gouvernance et éthique) du cabinet du président, Nairobi, Kenya.

42.Kwasi Adu-Amankwah, Secrétaire général du CSI-Afrique, Lomé, Togo

43.Lebohang Pheko, Maître de recherche auprès de Trade Collective, Johannesbourg

44.Makau Mutua Professeur distingué de SUNY, Professeure Margaret W. Wong, Faculté de droit SUNY Buffalo, Université d’État de New York

45.Michael Uusiku Akuupa, Directeur de LARRI, Windhoek, Namibie 46.Mike Lameki, Espoir ONG, Kolwezi, D.R. Congo

47.Moses Kambou, Directeur exécutif, ORCADE (Organisation pour le Renforcement des Capacités de Développement), Ouagadougou, Burkina Faso

48.Mshai Mwangola – The Orature Collective, Nairobi, Kenya

49.Mutuso Dhliwayo, Directeur exécutif de ZELA, Harare, Zimbabwe.

50.Nancy Kachingwe, Conseiller en matière de genre et de politique publique, Harare, Zimbabwe

51.Ndongo Samba Sylla, Economiste sénégalais, Dakar.

52.Okey Onyejekwe, Consultant en gouvernance et développement, Abuja, Nigeria

53.Omano Edigheji, Expert en développement, Kaduna, Nigeria

54.Pascal K Kambale, Dakar, Sénégal

55.Prisca Mokgadi, Gaborone, Botswana

56.Prof Issa Shivji Professeur émérite, Université de Dar es Salaam, Tanzanie

57.Riaz K Tayob de SEATINI (Southern and East African Trade Institute) – Afrique du Sud

58.Sarah Mukasa, Kampala, Ouganda

59. Shuvai Busuman Nyoni Directeur executive du Leadership Centre, Nairobi -Kenya 60.Souad Aden Osman, Addis Abeba, Ethiopie

61.Sylvia Tamale, Faculté de droit, Université Makerere, Kamplala (Ouganda)

62.Tendai Murisa – SIVIO Institute, Harare, Zimbabwe

63.Wanjala Nasong’o, Rhodes College, Memphis, Tennessee. Etats-Unis

64.Yao Graham Coordinateur deThird World Network-Africa, Accra, Ghana

Avec financialafrik

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Le sort des biens confisqués de Teodorin Obiang

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Ses biens serviront finalement contre le Covid-19. En effet, en septembre, le gouvernement américain avait annoncé que l’argent provenant de la liquidation des biens présumés mal acquis du vice-président de la Guinée équatoriale, Teodorin Obiang, sera utilisé pour acheter des médicaments et des vaccins contre le coronavirus au peuple de Guinée équatoriale.

Apres avoir nié les accusations, Teodorin Obiang, 53 ans, n’a eu d’autres choix que de vendre son manoir à Malibu et en Californie, ainsi qu’une Ferrari et divers objets qu’il collectionnait ayant appartenu à Michael Jackson. Ce, suite à un accord conclu avec les autorités américaines en 2014.

Selon un communiqué du ministère américain de la Justice, le montant total de l’opération s’élève à 26,6 millions de dollars, soit près de 15 milliards de francs CFA.

De la gestion des 15 milliards de francs CFA

L’achat des vaccins sera géré par les Nations Unies à hauteur de 19,25 millions de dollars, soit environ 10,7 milliards de francs CFA. Les 6,35 millions de dollars restants (environ 3,5 milliards de francs CFA) seront alloués à une organisation caritative pour l’achat de divers médicaments. L’ONG Medical Care Développent International (MCDI) a été désignée à cet effet.

Basée dans la banlieue de Washington, MCDI est dirigée par le Dr Joséa Ratsirarson, ancien secrétaire général du ministère de la Santé publique à Madagascar. Selon le site web de l’organisation, MCDI a déjà mené à bien trois interventions sanitaires en Guinée équatoriale pour les femmes et les enfants, notamment la lutte contre le paludisme et le cancer du col de l’utérus.

Selon les estimations du gouvernement américain, au moins 600 000 personnes devraient bénéficier de ces deux opérations en Guinée équatoriale.

Teodoro Nguema Obiang Mangue, surnommé Teodorín, est le fils du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, au pouvoir depuis 1979. Il est vice-président de la République de Guinée équatoriale depuis 2016, après avoir été deuxième vice-président de 2012 à 2016. Il est aussi vice-président du Parti démocratique de Guinée équatoriale, le parti présidentiel.

Avec africanews

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